Le confort thermique, un droit négligé : pourquoi des millions de Français vivent encore dans des passoires énergétiques

Introduction

En 2024, plus de 4 millions de logements français sont classés F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). Derrière ces chiffres se cachent autant de foyers qui vivent dans l’inconfort, le froid, l’humidité… voire la précarité. Ce phénomène, appelé passoire énergétique, est à la fois un scandale social, un échec écologique, et un défi politique. Alors pourquoi ces logements existent-ils encore ? Et surtout, que peut-on faire pour y remédier ?


Qu’est-ce qu’une passoire thermique ?

Une passoire thermique, c’est un logement mal isolé, difficile à chauffer et qui consomme énormément d’énergie. Dans le jargon officiel, cela correspond aux classes F ou G du DPE, c’est-à-dire les deux plus mauvaises notes en termes de performance énergétique. Ces habitations laissent littéralement échapper la chaleur par les murs, les fenêtres, les toits, ou les planchers. Le problème n’est pas nouveau, mais il devient de plus en plus visible à l’heure où l’énergie coûte cher et où l’urgence climatique s’accélère.


Les chiffres clés en 2024

D’après les données officielles du ministère de la Transition écologique, 13,5 % des résidences principales sont encore classées F ou G en France. Cela représente plus de 4,2 millions de logements. Dans certaines régions, la situation est alarmante : les Hauts-de-France affichent un taux de 42 % de passoires énergétiques, contre seulement 11 % en Auvergne-Rhône-Alpes.

Ces logements sont souvent anciens, mal entretenus, ou situés dans des zones où les habitants ont peu de moyens pour engager des travaux.


Pourquoi ces logements existent encore ?

Les causes sont multiples. Sur le plan technique, il s’agit souvent de bâtiments construits avant 1975, sans isolation suffisante, avec des fenêtres simple vitrage ou un chauffage électrique inefficace. Sur le plan social, ces logements sont majoritairement occupés par des foyers modestes, pour qui la rénovation est un luxe inaccessible. Il existe également un manque d’information, d’accompagnement et de soutien dans les démarches administratives.


Vivre dans une passoire thermique : un quotidien difficile

Ce n’est pas seulement une question de facture. C’est aussi une question de dignité et de santé. Les habitants de passoires énergétiques souffrent souvent de migraines, de bronchites chroniques, de stress, de fatigue. L’humidité crée des moisissures, l’air est malsain, les températures sont instables. Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, cela entraîne des surcoûts de 512 € par an en moyenne pour un ménage moyen.


Un problème environnemental majeur

Les passoires énergétiques sont responsables d’environ 20 % des émissions du secteur du bâtiment. Rénover ces logements pourrait permettre d’économiser jusqu’à 6 millions de tonnes de CO₂ par an, selon l’ADEME. C’est un levier incontournable pour atteindre les objectifs climatiques de la France.

Site utile à parcourir : Ministère de la Transition écologique – France Rénov’


Ce que dit la loi

La Loi Climat et Résilience fixe un calendrier clair :

  • 2025 : interdiction de louer les logements classés G
  • 2028 : interdiction pour les logements F
  • 2034 : extension aux logements E

Cela concerne des millions de bailleurs qui devront engager des travaux ou sortir leur bien du marché locatif. En parallèle, le Diagnostic de Performance Énergétique est devenu opposable, ce qui donne de nouveaux droits aux locataires.


Quelles solutions pour sortir de cette situation ?

Il existe plusieurs dispositifs :

  • MaPrimeRénov’ : jusqu’à 20 000 € d’aides cumulables
  • ANAH (Habiter Mieux) : pour les foyers très modestes
  • Éco-PTZ, certificats d’économie d’énergie, aides locales…

Mais ces aides sont souvent mal connues ou difficiles à mobiliser. Il manque un véritable service public de la rénovation.


Une rénovation à taille humaine

Prenons l’exemple d’Émilie, 42 ans, locataire d’un T3 dans l’Aube. Chaque hiver, elle chauffe au maximum sans dépasser les 17 °C. Grâce à une rénovation financée à 80 % par France Rénov’, son logement est passé de G à C. Elle économise désormais 700 € par an… et respire enfin.

“En hiver, je dormais avec deux pulls. Le radiateur tournait à fond, mais il faisait à peine 17 °C dans le salon… et 14 dans la chambre.”

Après plusieurs refus de son propriétaire, elle a finalement obtenu un accord pour des travaux grâce au programme MaPrimeRénov’ Sérénité. En quatre semaines, l’appartement a été isolé par les murs, le sol et les combles, et une pompe à chaleur a remplacé les vieux convecteurs électriques.

Résultat : “Je chauffe beaucoup moins, je n’ai plus cette sensation d’humidité, et mes enfants dorment mieux. Je paie 60 € de moins par mois.”

Aujourd’hui, son logement est passé de la classe G à la classe C. “Je n’imaginais pas que ça changerait autant de choses.”


Conclusion : un enjeu de justice sociale

On ne choisit pas de vivre dans une passoire énergétique. Pourtant, aujourd’hui, des millions de Français subissent le froid, l’humidité et la précarité dans leur propre logement. Agir sur ce sujet, ce n’est pas seulement isoler des murs : c’est protéger des familles, réduire nos émissions, améliorer la santé publique. Le confort thermique devrait être un droit fondamental. Ne fermons plus les yeux.

Un locataire peut-il contraindre son propriétaire à faire des travaux ?
Oui, depuis la réforme du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) rendu opposable en 2021, un locataire peut demander à son propriétaire de respecter les seuils légaux. Si le logement est classé F ou G, et que cela nuit à la santé ou à la sécurité, des recours existent : mise en demeure, médiation, voire action en justice.

À partir de 2025, les logements G seront interdits à la location, ce qui donne un poids supplémentaire aux locataires pour exiger des travaux. Des aides comme MaPrimeRénov’ bailleur peuvent aussi faciliter la négociation.

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